Johnny «reste debout»!

 

Le dernier album de la rock star a été concocté par M, alias Mathieu Chedid. Johnny y retrouve la fougue de sa jeunesse. Superbe.

 

 

 La preuve? Ce sera le 28 mars prochain, chez tous les disquaires.

C'est l'événement du printemps. Plus d'un an après des ennuis de santé qui ont failli lui coûter la vie, Johnny Hallyday fera son retour dans les bacs à disques. Dans un mois, exactement. Avant d'entamer la suite de sa tournée inachevée, qui fera sans doute halte en Suisse romande l'an prochain. «Jamais seul», c'est le titre de ce nouvel album très attendu, concocté par les bons soins de M, soit Mathieu Chedid. Un disque mise au point. Car Johnny y répond à tous ceux qui le disaient fini pour le rock, incapable d'aligner une note sans cortisone. Il n'a sans doute jamais aussi bien chanté qu'aujourd'hui. A 67 ans, il atteint l'excellence. Entre les mains de M, il se métamorphose, prend des risques fous, des directions musicales insensées.

Bienveillant M
Comme il n'est «qu'interprète», Johnny a souvent changé ses équipes d'auteurs et de compositeurs. Du coup, il a travaillé avec tout le monde. De Pascal Obispo à Zazie, de Jean-Jacques Goldman à Raphael, de Grégoire à Michel Berger. Mais cette fois-ci, c'est différent. Parce que Mathieu Chedid est un être à part, comme toute sa famille d'ailleurs. Une personnalité très attachante, qui ne le pousse jamais à l'ego, hormis peut-être sur scène. Du coup, M a décidé de partager le travail avec ses potes, Hocine Merabet et Yodelice. Dernièrement, il expliquait avoir été attiré par «l'amateur de blues, de rock» et avoir choisi de travailler «à l'ancienne sur des magnétophones d'époque, d'enregistrer tout en direct comme si on faisait un concert et d'avoir Johnny qui chantait avec nous en direct la plupart du temps». Ça s'entend clairement sur ce «Jamais seul». Enregistré à Los Angeles en automne dernier, il comporte treize chansons. Et rien à jeter!

Déstabilisant, troublant
La première écoute est plutôt déconcertante. Des riffs de guitare sauvages, royalement tenus par ce guitar hero de M, des envolées vocales dans les aigus, des moments de surprise, des instants quasi chamaniques. Mais c'est qui, ce nouveau Johnny? Les auditeurs risquent d'être surpris. Tant mieux. Car c'est fini le Johnny du rayon variété, du rock lourdingue. Orchestré par M, il redevient le plus grand chanteur français, le rocker de la République, tendre et sauvage.

«La douceur de vivre»
L'album s'ouvre majestueusement sur «Paul et Mick» et ses accords fondamentalement rock, puissants. Dans la lorgnette, ses contemporains, Jagger et McCartney, mais grâce aux jeux de mots malins de M, ils deviennent «y'a pas de polémique». «Guitar hero» lui fait suite, comme un autre clin d'oeil à celui qu'il a connu personnellement, Jimi Hendrix, «mais je ressemble à quoi avec cette guitare dans le dos, non jamais je ne pourrai jouer comme toi, hey Joe!» lui fait chanter M. «Dandy» est sans doute le titre qui s'apparente le plus au répertoire de M, tant dans ses paroles que dans ses gimmicks. On est dans les rythmes, toujours très soutenus, avec les choeurs de M, bien sûr. Et puis arrive la première ballade, «La douceur de vivre», superbe, claire, à la guitare acoustique, traversée d'éclairs.

«Vivre, vivre dans tes yeux mon coeur, je reconnais mes erreurs, voir, voir dans tes yeux mon coeur, que je deviens meilleur et que je peux, que tu peux guérir», chante Johnny dans le refrain. Impossible dès lors de ne pas penser à sa femme, Laeticia, sa douceur de vivre à lui. Et c'est au tour de «Jamais seul», premier single étonnant, qui s'ouvre sur des hurlements de loup. Composé par Yodelice, c'est un blues chamanique rêche et brut, d'une puissante intensité.

«Vous n'aurez pas ma peau»
«Je reste debout quand les autres tombent, je suis incorrigible», prévient Johnny dans «Vous n'aurez pas ma peau», une chanson western où sa voix tutoie les hauteurs et les graves, soulignée par des arrangements magnifiques. Et puis Johnny ose reprendre «Tanagra», chanson écrite par Brigitte Fontaine sur le dernier album de M. Et d'entendre le rockeur interpréter «Jolie Tanagra tu me fous la gaule» sur la guitare inspirée de M, c'est jouissif. «J'inspire», parsemé de guitare, précède l'un des autres moments très étonnants de l'album: «Les herbes folles». Du blues cru, parfaitement arrangé, audacieux, qui voit Johnny rigoler, pousser sa voix dans des hauteurs insoupçonnées, «avoir envie de s'allonger sur le sol, au milieu des herbes folles, bercé par ce vent qui console».

Puis arrive «Ces deux-là», nouvelle ballade tendre et légère, soutenue par des choeurs. Avec «Elle a mis de l'eau», il cite son épouse, «Ta fleur m'effleure, pour t'embrasser et pas que t'effleurer, Et au milieu de tout cela, j'ai cueilli... Laeticia». L'avant-dernier titre, c'est «England», le duo entre Johnny et M, qui relève ce sentiment palpable sur tout l'album, soit la connivence particulière entre ces deux générations d'artistes, deux êtres si différents et qui pourtant s'entendent à merveille. En guise de conclusion, la plus belle ballade à ce jour de l'artiste, «Jade dort», dédiée à ses deux filles, à ces moments de bonheur partagés. D'une simplicité rare, elle touche au coeur.

Au final, Johnny se montre sous son meilleur jour. Extrêmement ambitieux et différent, «Jamais seul» ne connaîtra peut-être pas un énorme succès public. Mais il démontre de la plus belle des manières que Johnny n'est pas fini, qu'il reste incontestablement le plus grand chanteur français. La preuve? Ce sera le 28 mars prochain, chez tous les disquaires.



27/02/2011
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